Aider les Canadiens à payer pour l'essentiel pendant le COVID-19

En réponse à la crise du COVID-19, les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux du Canada ont adopté des mesures radicales pour limiter la propagation du virus.

Ces actions sont nécessaires pour protéger notre santé. Mais ils perturberont également profondément notre économie. Déjà, l'activité économique a plongé plus sévèrement et plus rapidement qu'on ne l'a vu de nos jours.

Cette perturbation menace les emplois des gens, leurs revenus et leur capacité à payer les dépenses essentielles.

De plus, cela se produit à une époque où les Canadiens ont le niveau d'endettement le plus élevé jamais enregistré ; cela rend impossible « d'emprunter notre chemin » pendant la crise.

Le gouvernement du Canada a annoncé un ensemble de mesures économiques de 82 milliards de dollars, mais cet ensemble est offert dans le cadre de programmes existants comme la Prestation fiscale pour enfants et l'Assurance-emploi. Ces programmes ne couvrent pas l'ensemble de la population, de sorte que de nombreuses personnes passeront entre les mailles du filet à moins que nous ne prenions de nouvelles mesures.

Nous devons admettre que les règles ont changé. COVID-19 est une situation sans précédent, et plutôt que de compter sur les programmes antérieurs, nous devons adopter de nouvelles mesures spécialement conçues pour la crise.

Dans cet esprit, voici cinq mesures audacieuses que le gouvernement devrait prendre pour aider les Canadiens à payer les factures pendant la crise COVID-19.

1: Une subvention salariale

La priorité la plus logique est de garder nos citoyens et citoyennes employés et payés pendant la crise. Bien que certaines entreprises soient physiquement incapables de fonctionner en raison de restrictions de distanciation sociale, d'autres pourraient potentiellement fonctionner à un niveau réduit, mais sont confrontées par de graves problèmes de trésorerie et sont obligées de débaucher des travailleurs pour rester solvables.

Ce serait mieux pour tout le monde si ces travailleurs pouvaient conserver leurs emplois. Le gouvernement devrait promulguer une subvention salariale à court terme, versant 80 % des salaires des travailleurs pendant la crise, pour rendre cela possible. Non seulement cela garantit à un plus grand nombre de personnes un revenu, mais cela réduit les dommages à l'économie et lui permet de redémarrer plus rapidement une fois la crise passée.

2: Un congé d'intérêt

Avec un revenu garanti pour le plus grand nombre de personnes possible, nous devons examiner les principales dépenses des gens. L'une des dépenses les plus importantes est la dette, y compris les hypothèques, les prêts et les cartes de crédit.

Au cours de l'exercice 2019, les «six grandes» banques ont réalisé un bénéfice net total de plus de 45 G$. Ils sont en mesure d'aider et devraient être invités à accepter leur part du fardeau.

Le gouvernement devrait exiger des banques et des fournisseurs de cartes de crédit qu'ils renoncent à tous les intérêts dus d'avril à juin (et plus si nécessaire) sur les prêts à la consommation, les prêts aux petites entreprises, les hypothèques résidentielles et les soldes des cartes de crédit personnelles.

3: Un congé de loyer

Une autre dépense majeure pour la plupart des gens est le logement. Les grands propriétaires, comme les grandes banques, sont en mesure d'aider les gens en acceptant temporairement de moindres profits. Le gouvernement devrait décréter un congé national de loyer, d'avril à juin, pour tous les locataires résidentiels et les petites entreprises qui louent auprès de grands propriétaires.

Pourquoi ne pas simplement reporter ces paiements? Parce que le revenu que les gens perdent pendant COVID-19 est perdu pour toujours. La plupart des gens ne seront pas en mesure d'effectuer de doubles paiements plus tard dans l'année, donc un report n'est pas une solution complète.

4: Réduire les factures de services publics

Une autre dépense inévitable pour la plupart des Canadiens est leurs factures de services publics. Le gouvernement fédéral devrait fournir des fonds immédiats aux gouvernements provinciaux et municipaux qui acceptent de réduire les factures des services publics. Plutôt qu'une réduction forfaitaire, la réduction devrait être égale à la facture moyenne de chaque ménage au cours de la dernière année, de sorte que les personnes dans diverses circonstances (en particulier celles qui ont des appareils médicaux à domicile ou des besoins spéciaux) soient toutes correctement protégées.

5: Revenu de base

Nous surmonterons la crise du COVID-19, mais d'autres crises surgiront à l'avenir. À long terme, nous avons besoin d'un « filet de sécurité » complet qui garantisse que tous les Canadiens puissent continuer à se permettre l'essentiel de la vie en période de crise.

Un revenu de base — des paiements réguliers versés directement à tous les citoyens sans qualification exigée — est le meilleur moyen de résoudre ce dernier problème. La force d'un revenu de base est qu'il n'y a pas de filet à passer, pas de retard dans la réception des paiements et pas de favoritisme ou de ciblage. Cela le rend parfaitement adapté à une crise où les circonstances évoluent rapidement et de manière imprévisible.

Un revenu de base s'accompagne d'autres avantages liés à la crise du COVID-19 : il réduira le fardeau de notre système de santé, libérant davantage de ressources pour la pandémie, et il crée une relance économique, qui aidera à lutter contre la récession créée par le virus.

Conclusion

Ensemble, ces cinq mesures garantiront que toutes les personnes — employées, autonomes, malades et aidantes — sont en mesure de faire face à leurs dépenses et obligations pendant la crise. Nous avons la capacité de protéger les personnes vulnérables, mais pour ce faire, nous devons être audacieux.

Contexte : comparaison de la réponse du Canada à celle d'autres pays riches

Il est instructif de comparer l'ensemble économique du gouvernement canadien aux mesures prises par les gouvernements d'autres pays riches.

Le gouvernement canadien a annoncé un ensemble de mesures économiques de 82 milliards de dollars. De ce montant, 27 milliards de dollars se présentent sous la forme d'un soutien direct aux travailleurs et aux entreprises, tandis que 55 milliards de dollars se présentent sous la forme de reports d'impôt. Le soutien direct comprend une augmentation temporaire des paiements de la Prestation fiscale pour enfants, ainsi qu'une prestation pour soins d'urgence pouvant atteindre 900 $ toutes les deux semaines pendant 15 semaines au maximum pour soutenir les travailleurs qui doivent rester à la maison et n'ont pas accès à des congés de maladie payés.

Le gouvernement britannique vient d'annoncer qu'il verserait une subvention salariale de 80 %. Selon Capital Economics, sans cette subvention salariale, le chômage britannique aurait pu doubler, avec plus de 1,5 million de personnes rejoignant les chômeurs.

La subvention salariale britannique devrait coûter 78 milliards de livres sterling (135 milliards de dollars) et s'ajoute à un ensemble de mesures de soutien aux entreprises de 350 milliards de livres sterling (606 milliards de dollars) pour aider les entreprises à faire face au verrouillage de grandes parties de l'économie britannique. Ensemble, ces deux paquets représentent environ 19 % du PIB britannique.

Le gouvernement danois a également annoncé une subvention salariale couvrant 75 % des salaires des employés. Le plan danois pourrait obliger le gouvernement à dépenser jusqu'à 13 % du PIB du Danemark en seulement trois mois. (Treize pour cent du PIB canadien équivaudrait à 257 milliards de dollars.)

Le gouvernement espagnol a annoncé un programme de secours de 200 milliards d'euros (310 milliards de dollars), soit environ 20 % du PIB espagnol. Les mesures adoptées en Espagne comprennent le report des versements hypothécaires, l'assouplissement des cotisations de sécurité sociale et la possibilité pour les employés qui doivent prendre soin de leurs proches de réduire jusqu'à 100 % leur journée de travail.

En résumé, ces trois autres gouvernements se sont engagés à prendre des mesures représentant 13 à 20 % du PIB respectif de leur pays. À titre de comparaison, les mesures canadiennes annoncées jusqu'à présent ne totalisent que 3 % du PIB canadien.

Le ratio de la dette au PIB du Canada (sa capacité à contracter de nouvelles dettes) est comparable à celui de la Grande-Bretagne et nettement meilleur que celui de l'Espagne. De plus, le Canada continue d'emprunter des fonds à des taux d'intérêt extrêmement bas et pourrait, s'il le souhaitait, emprunter des fonds sans intérêt à la Banque du Canada.

Cette comparaison montre donc que le gouvernement fédéral a la capacité suffisante de prendre des mesures beaucoup plus audacieuses pour protéger les travailleurs et les petites entreprises du Canada.

 

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